jeudi 19 novembre 2009

Mélange des genres astucieux



Trois couches narratives (recherche, fiction et documentaire) se mélangent pour créer une expérience singulière dans le film Passages du cinéaste et photographe canadien John Walker que j'ai beaucoup aimé ce soir aux Rencontres du Documentaire de Montréal.  Dans une exploration des bas fonds de l'impérialisme britannique et des mensonges racistes déployés par nul autre que Charles Dickens pour préserver la réputation de ses compatriotes alors accusés de cannibalisme, Walker dévoile avec agilité et un original mélange des genres les clés du mystère entourant l'échec retentissant de l'expédition du navigateur Sir John Franklin qui visait à découvrir en 1847 le passage du Nord Ouest.  Du même souffle, il démontre l'ampleur de l'esprit colonial victorien et jusqu'où l'establishment britannique fut et est encore parfois prêt à se rendre pour entretenir des mythologies historiques au sujet de l'héroïsme des leurs et la sauvagerie des autochtones.


Pour recréer la teneur de ce drame, Walker fait le pari de suivre un acteur s'immiscer dans l'univers du médecin explorateur écossais John Rae, un homme déterminé qui sut s'adapter à la vie arctique, se lier avec les Inuits et ramener en Angleterre les histoires horribles des derniers jours de l'équipage de 108 hommes de Franklin sur l'île du Roi Guillaume.  Faits qui choquèrent tellement l'opinion publique que Rae fut complètement ostracisé et même discrédité par Dickens qui en profita pour asséner aux Inuits les pires insultes.  En filigrane, Walker recrée en fiction avec des comédiens les moment clés de la saga historique et observe du même souffle les étapes de la préparation même du film (répétition, lectures de scénario...).  Le tout converge dans une finale documentaire à Londres, au coeur des quartiers généraux de l'Empire, lorsque le chef Inuit Tagak Curley égratigne avec élégance et conviction la version officielle de l'histoire que certains historiens d'entêtent encore à défendre.  Touchant et oh combien gratifiant.

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