samedi 24 octobre 2009

Un supplément d'âme



Clôture du remarquable atelier de scénarisation donné avec élégance et âme par Fernand Dansereau.  Il nous a insufflé sa foi dans la création et dans la beauté des choses, sa fascination pour la complexité de l'esprit humain, l'importance de proposer des réponses à ses contemporains et rien de moins que sa conviction spirituelle qu'un supplément d'âme imprègne les personnages des grandes oeuvres artistiques les poussant à de profondes quêtes qui les mènent à une certaine transfiguration.  Parfums de sacré et de transcendance.

Poésies sous consignes
Question de mieux se réchauffer en ce matin pluvieux, nous avons été invités à composer en quelques instants un poème à partir de lettres et d'un nombre de mots choisis arbitrairement.

Mon iris bleu
Libre comme l'air transparent
Coule vers l'océan turquoise
Zouave entreprise que de t'atteindre
Élance toi vers moi

En creusant plus loin afin d'identifier l'émotion qui émane de ces écrits, Dansereau nous a fait remarquer combien l'énergie psychique vécue, dans mon cas un élan de liberté, surgit toujours dans notre travail.  Invitation à canaliser et faire jaillir sa trame émotive.  Créer à partir de ce que l'on vit en toute candeur et authenticité.  C'est le socle sur lequel nos récits s'érigent.  Des récits qui, selon Dansereau, débutent toujours par le constat d'un manque à combler et l'appel à l'aventure du héros.

Héros malgré lui
Pour étoffer cette intuition, nous sommes plongés dans l'oeuvre The hero with a thousand faces de Joseph Campbell.  Entreprise vertigineuse que cette découverte des tréfonds de l'âme humaine et des ressorts narratifs mythologiques qui nous font profondément vibrer.  Car après l'examen de plus de 2000 contes populaires, le mythologue jungien déterre les structures fondamentales du récit.  D'après lui, il se compose en 17 étapes, mieux connues sous le nom du parcours du héros.  Retour sur la recette narrative drôlement efficace de Star Wars, The Lord of the Ring ou bien The Matrix.




Le chant de la rédemption
En petits groupes, puisant dans une liste de personnages crées le jour précédent, notre tâche était de suivre les 17 étapes du parcours du héros afin de ficeler un récit en se servant de 6 personnages déjà élaborés.  Le chant de la rédemption a émergé de notre brainstorm: Suzanne a 45 ans, elle survit un terrible accident de la route alors qu'elle était ivre au volant.  Deux de ses trois enfants y ont perdu la vie.  Son aîné, Albert, ne le lui pardonne pas et refuse de la revoir.  Après une tentative de suicide et deux ans d'incarcération, on lui propose de se rendre en Inde pour y travailler comme bénévole.  Elle plonge alors dans le ventre de la baleine.  L'inconnu complet.

Ellipse de 15 ans.  Suzanne dirige maintenant une école des arts de la scène en Inde où évoluent des centaines d'enfants.  Elle a un amant afghan, Alek, qui l'appuie dans ses démarches.  Or, un jour, l'école est brûlé dans un incendie criminel.  Alek est tué lors du drame.  Horreur : elle découvre qu'Alek se servait de son école pour dissimuler un commerce de drogue et de contre-bande.  C'est le chemin des épreuves pour Suzanne qui est alors confrontée à ses propres démons: l'alcool et son sentiment lancinant d'avoir tout échoué et de semer la destruction où qu'elle aille (elle sombre dans son côté le plus obscur).  C'est à ce moment que les enfants de l'école lui témoignent leur support et la pousse à se ressaisir.  Ellipse.  Elle reconstruit alors l'école et connaît la victoire (apothéose et don suprême).  S'en suivent les étapes du retour.  Elle est invitée à rentrer au Québec pour organiser des spectacles avec les enfants, retour qu'elle refuse mais qu'elle est finalement obligée de réaliser.  Lors d'un spectacle menée par Sarita, une enfant à la voix d'or, elle revoit son fils Albert qui doit accepter que sa mère a changée.  S'en suit la liberté devant la vie.  Et hop, les 17 étapes sont franchies et nous nous sommes régalés à concevoir un récit.

Merci Fernand pour ta présence et générosité.


4 commentaires:

  1. Merci Alexandra pour ce retour inspirant sur cet atelier exceptionnel donné par M. Dansereau!

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  2. Quand je faisais CABINES, j'étais à Mont-Saint-Pierre, seule avec ma caméra à tourner aux Chalets Vermont le magnifique Monsieur Cloutier, décédé depuis. L'équipe de LA BRUNANTE était là, dans la lumière d'automne. Je garde dans ma mémoire cette image de Fernand Dansereau, avec son bérêt, l'air si heureux de tourner.

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  3. Merci Johanne de partager ce souvenir. Il est si inspirant. Ça donne le goût de continuer à faire des films longtemps longtemps.

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  4. Bonjour tout le monde,
    Bonjour à toi Johanne Fournier:) Je suis Marie-Claude Bhérer et nous nous sommes rencontrées à ta maison à St-René il y a quelques années avec Michèle Pérusse:) Les oreilles ont dû te tinter cet été. Nous avons beaucoup parlé de ton film sur "Les cabines". Nous avions des diplômés de l'INIS à Gaspé (Alexandra en faisait partie) et ton film é été cité en exemple.

    Pour faire suite à vos commentaires sur Fernand, nous sommes très contents (ici à l'INIS) des vos réactions suite à l'atelier de Fernand. Et de toute évidence (je lui en ai parlé) Fernand aussi. Nous avons tous et toutes je crois une partie de notre mémoire rattachée à l'oeuvre (et à la sensibilité) de cet homme. Géraldine et moi nous rappelions il y a quelques semaines Le Parc des Braves.... Ah la déclaration d'amour de Trancrède....

    Belle journée et à bientôt.

    Marie-Claude

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