vendredi 30 octobre 2009

Perdition et indépendance à Percé


Photo courtoisie de Michel Boudreau
Derrière le village pittoresque qui affiche ses merveilles sur des milliers de cartes postales se cache un village qui râpe et qui frappe. Ses habitants font face à une dure réalité. Isolés, pris entre une terre rêche et une mer souvent déchainée, ils se sont construits une identité solide et farouchement indépendante. Tantôt perçus comme des bâtisseurs, parfois vus comme des artistes et tantôt comme des réactionnaires (ils firent déguerpir les membres du FLQ à la force de leur boyaux d’arrosage en 1969), les gens de Percé marquent depuis toujours l’imaginaire.

Le mythe de Percé la rebelle a des racines profondes. L’historien et rédacteur en chef du magazine Gaspésie, Jean-Marie Fallu, raconte comment, dès le régime français, Percé est connu comme un refuge des pêcheurs rebelles bretons pas trop catholiques avant qu'ils ne rentrent en France puis elle est décriée par les évêques comme un lieu aux mœurs dissolues où les autochtones (les sauvagesses dans les textes de l'époque) frayent sensuellement avec les blancs et vont même jusqu'à s'intoxiquer ensemble.  Partout le même constat: Percé est un lieu impie. Et il faut surtout pas les achâler avec des normes et des contraintes venues d'en haut.  Qu'on ne viennent pas leur dire quoi faire.  Ils sont libres et téméraires.  Pas froid aux yeux que ces gens de Percé.

Ma tante Suzanne Guité s'inscrit dans cette lignée des rebelles et des indisciplinés.  Née en 1927, fascinée par les civilisations autochtones, considérée comme une païenne par les autorités locales qui ne daignent pas lui accorder d'aide gouvernementale, elle s'initie à la sculpture et devient une des artistes gaspésiennes les plus singulières et les plus reconnues.  Son oeuvre gravées à même le roc 'Les têtes chercheuses" insuffle une véritable onde de choc de force et d'élan vital.  Non satisfaite de créer pour elle-même, elle veut aussi doter Percé d'un espace culturel unique, Le Centre d'Art. Dès 1957, aidée de son mari le peintre Alberto Tommi, elle fait converger, sous un même toit de grange reconvertie, à la fois le théâtre, le cinéma, une école d'art pour les enfants, une salle d'exposition et un café aux denrées originales.  Pionnière, elle est une vraie fille de Percé avec une force de caractère à toutes épreuves.

Pauline Julien lui vouait d'ailleurs une grande admiration et d'après Fallu, était très impressionnée par l'immense force de sa personnalité.  Voici quelques mots tirés de l'éloge funèbre qu'elle fait de sa grande amie après l'assassinat de cette dernière:  "Suzanne la folle, la délirante sur le quai de Perce, dans ton camion, au Centre d' Art, dans ta maison. Suzanne la Reine, dans tes jupes de velours, tes corsages brodés, tes fichus de dentelle, tes capes princières. Suzanne l'excessive dans ton dire, tes gestes, tes contes terribles et merveilleux, tes contes de vie démesurée, tes contes extraterrestres,extra-lumineux. Suzanne la belle aux yeux de mer, aux cheveux fins des anges, l' allure royale.  Suzanne la généreuse, avec tes flopées d' enfants et de petites filles, ces chéris de toi mamma italiana. Suzanne l'excessive, la coupante, la tranchante, la dure parfois, la non conciliante et l' exaspérante. Suzanne la retrouvée, la mystique,la voyante dans nos pensées, le présent et l'avenir offerts."

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