jeudi 1 octobre 2009

Du développement en village


Rencontre avec le charmant Sylvio Bourget qui m'a fait revivre des pans de l'époque des années '60 à Percé.  Un gars de la place, il a connu la Maison du Pêcheur l'été fatidique de 1969.  Il a vécu l'atmosphère déluré qu'on amené les hippies dans le village où la messe était encore bondée en 1969.  Ses parents louaient même une cabane à Plume qui vadrouillait dans le coin.  En effet, tranquillement à partir de 1967, Percé était devenu un pôle d'attraction pour les jeunes en quête de liberté et les assoiffés d'espaces de tout acabits.  Or ce n'était pas toujours au goût des sensibilités locales.  Choc des valeurs et des sensibilités.  D'un côté les commerçants d'un village qui cherchent désespérément à prospérer et de l'autre des jeunes qui veulent changer  le monde.  Clivage insurmontable.

Sylvio raconte avec passion et objectivité les aventures de la Maison du Pêcheur où logeaient pêle-mêle en plein coeur du village des jeunes montréalais barbus.  Il est tantôt séduit, tantôt envenimé par leurs propos, la relation est trouble.  Les jeunes révolutionnaires cherchent maladroitement, entre des effluves de marijuana, à ouvrir les yeux des gens du village.  "Vous êtes exploités, réveillez-vous, expropriez la pourvoirie américaine, réduisez la taille de vos bateaux!  Cessez de vous plier aux besoins des touristes!  Organisons une marche!  À bas l'exploitation!"  Certains jeunes de la place embarquent et se joignent au groupe.  D'autre ne peuvent les supporter.  Comment ose-t-on venir leur dire qu'ils ne savent pas vivre, qu'ils doivent changer leurs habitudes voir demeurer pauvres.   "La pourvoirie est peut-être américaine mais elle a préservé la rivière.  Nos gros bateaux sont plus rentables que les petits et nous avons besoin des l'argent des touristes.  On ne peux pas les chasser!  Voulez-vous qu'on reste pauvres pour toujours?"  Deux versants de la même génération, l'une urbaine et politisée quoi qu'inconsciente des subtilités de la vie de village, l'autre piquée au vif dans son amour propre et son besoin de se développer.  Se faire dire comment vivre par des étrangers, pas toujours la meilleure méthode de procéder.  Une guerre éclate qui oppose les hippies aux gens de Percé rangés derrière le maire et des commerçants locaux enragés de voir les touristes éviter le village, perçu comme un repère de révolutionnaires et de dévergondés.  Résultat: après une incursion musclée à la Maison du Pêcheur, les hippies sont chassés de Percé.

Étrange conflit.  Sylvio soulève quand même à quel point, en rétrospective, ce groupe de jeunes dont faisait partie Jacques et Paul Rose, leur a ouvert les yeux et donné l'envie de voir le monde et de connaître autre chose que la vie de village.  Ils ont été dépucelés dans tous les sens du terme.  On imagine bien leur fascination pour les jeunes femmes dîtes délurées.  Paraîtrait que les filles hippies étaient pas mal plus belles que les filles de Percé.  Ben voyons donc!  Or, les barbues leur ont aussi appris que pour changer les moeurs d'un village, il  est impératif de le faire en respectant le rythme des gens de la place, en partenariat avec eux, sensibles à leurs besoins et surtout sans les humilier.  Personne n'apprécie se faire faire la leçon par quelqu'un qui se croit supérieur.  Sylvio a retenu l'apprentissage.  Aujourd'hui passionné par le développement durable, intérêt qui lui vient de son expérience de la spoliation des ressources naturelles gaspésiennes, il travaille comme missionnaire laïque en Haïti et soutient un développement en harmonie avec les communautés locales.

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